Par François Delarue, cardiologue

Le médecin est l’artisan d’une science de l’aléatoire. L’anthropologie, la biologie, l’immunologie, la génétique nous confirment que chaque être est unique. Aussi, à la question goguenarde et sceptique de Pilate « Qu’est-ce que la vérité ? », la réponse médicale est fragile, parce que le vivant est exclusif et labile et parce que la vision organique est à intégrer dans une dimension plus globale de l’homme.
La médecine a indiscutablement bénéficié de progrès, d’où elle tire des présomptions, des hypothèses, des certitudes, qui permettent d’éclaircir certains mystères de la vie. Mais la seule vérité, avec la naissance, est dans l’inéluctabilité de la mort biologique.
Le praticien est confronté, dans son exercice quotidien, à la souffrance déstabilisante, au mystère sempiternel et irrésolu de la mort. C’est au cœur des personnes, dans l’unité de l’âme et du corps, que se joue le sens de l’existence, que se révèle le caractère sacré et unique d’une vie. C’est ce qui confère une dignité imprescriptible et inaliénable à toute condition humaine.
S’il y a une vérité, elle est dans ce principe de la dignité ontologique de l’homme, qui est depuis vingt-cinq siècles l’essence structurante de l’éthique médicale. Il ne faudrait pas que cette référence soit transgressée par l’instrumentalisation